Le jardin souterrain de l’espoir : l’histoire des enfants de Kharkiv qui a pris vie au Luxembourg
08.06.2026 / 11:27 | Aktualizováno: 08.06.2026 / 11:30
La guerre peut priver les enfants de leur sécurité, mais elle réveille parfois en eux une voix capable de couvrir même le fracas des bombardements. C’est précisément cette histoire que raconte le film documentaire Underground Garden, présenté en avant-première le 3 juin 2026 au cinéma Ciné Utopia dans le cadre du festival UA Days. Le film met en lumière le travail exceptionnel du studio Aza Nizi Maza de Kharkiv, qui, pendant l’invasion russe, s’est transformé à la fois en refuge et en laboratoire créatif pour des enfants cherchant un moyen d’exprimer leurs émotions.
Un atelier devenu abri
Lorsque les premières bombes sont tombées sur Kharkiv, le fondateur du studio, Mykola Kolomiyets — aujourd’hui son seul enseignant — a refusé d’interrompre les activités de l’atelier. Au contraire, il l’a transformé en un espace où les enfants peuvent se sentir en sécurité : un refuge qui est à la fois un abri physique et un lieu où la peur se mue en couleurs et en formes. Mykola passe six jours par semaine au studio, et son travail dépasse largement le cadre d’un enseignement ordinaire. Sous sa direction naissent des œuvres de grand format, devenues symboles de résistance et d’espoir. Le studio Aza Nizi Maza est également reconnu pour son approche inclusive : des enfants atteints de trisomie 21 ou de troubles du spectre autistique y créent aux côtés des autres. Dans les conditions de guerre qui règnent à Kharkiv, Kolomiyets a su créer un environnement où la créativité devient une forme d’art-thérapie et où chaque enfant trouve un espace pour exprimer ses sentiments, ses peurs et ses espoirs.
Du sous-sol aux métropoles européennes
Le film du réalisateur Julian Ulybin suit non seulement la création artistique dans les espaces souterrains, mais aussi le voyage de ces œuvres vers l’Europe. Les enfants accompagnent personnellement leur exposition — et ce voyage constitue pour eux une première rencontre avec un monde au-delà de la guerre. À Berlin, le film montre leur visite de la Charkiw-Platz ; à Prague, il retrace le vernissage au château de Troja ainsi qu’une installation unique dans la station de métro Národní třída.
Anna Kovalenko: le visage d’une génération qui refuse de renoncer
La projection luxembourgeoise du film a pris une dimension particulière grâce à la présence personnelle d’Anna Kovalenko, l’une des principales protagonistes du documentaire. Anna, aujourd’hui étudiante en architecture âgée de dix-sept ans, s’est rendue au Luxembourg avec sa mère — un voyage de deux jours depuis Kharkiv. Sa présence a montré que l’histoire du film n’est pas abstraite : c’est celle de jeunes bien réels qui, malgré la guerre, poursuivent leurs études, créent et préparent leur avenir. Anna est dotée de nombreux talents, et son intervention au Luxembourg a démontré que le soutien à la jeune génération a du sens et produit des résultats concrets.
La jeunesse luxembourgeoise comme partenaire du dialogue
L’événement a également bénéficié de la participation d’élèves du Lycée Athénée de Luxembourg, le plus ancien établissement d’enseignement du pays. Leur implication montre que la jeunesse luxembourgeoise souhaite comprendre ce que vivent leurs homologues ukrainiens. La présence des élèves du Lycée Athénée a été un symbole de solidarité, d’ouverture et de volonté de dialoguer au-delà des frontières et des générations.
Un jardin qui fleurit même sous terre
Underground Garden n’est pas un film sur la guerre ; c’est un film sur ce qui demeure en l’être humain lorsque le monde autour de lui s’effondre. Sur le courage de créer, même lorsque les circonstances semblent l’interdire. Et sur le fait que, même dans les sous-sols les plus sombres, un jardin peut pousser — pour peu qu’il existe des personnes porteuses d’une vision, comme Mykola Kolomiyets, et de jeunes créateurs animés du courage d’Anna Kovalenko.
L’histoire d’Underground Garden montre que la culture peut relier les êtres humains, même à une époque où le monde semble divisé. L’art devient ainsi non seulement un moyen d’expression, mais aussi un pont entre des sociétés qui partagent des valeurs communes — la solidarité, l’humanité et le respect de la dignité humaine.